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25 millions d’oiseaux illégalement tués chaque année dans les pays méditerranéens

Près de 25 millions d’oiseaux sont illégalement tués chaque année dans les pays méditerranéens. Tel est le bilan de cette hécatombe annuelle établi par une équipe de scientifiques de «BirdLife International» dans une étude publiée le 21 août dernier. L’État le plus tueur est l’Égypte, avec plus de 5,7 millions d’oiseaux tués chaque année, suivie de l’Italie à la deuxième place, avec 5,6 millions d’oiseaux tués et de la Syrie. Le Liban figure tristement en quatrième place avec 2,7 millions d’oiseaux tués en 2015. L’île de Chypre arrive en cinquième position.

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Des populations d’oiseaux décimées

Le rapport estime que le pinson des arbres détient le triste privilège d’être l’espèce la plus massacrée (2,9 millions/an) devant la fauvette à tête noire (1,8), la caille des blés (1,6) et la grive musicienne (1,2). Si ces espèces ne sont pas menacées à l’échelle européenne, d’autres espèces victimes de ces tueries, comme le courlis cendré, sont déjà classées comme vulnérables sur la liste rouge de l’IUCN et les tourterelles, qui migrent d’Afrique, ont diminué de 78% depuis 1980.

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« Cette étude montre l’étendue effroyable des massacres. Des populations d’espèces qui étaient autrefois abondantes en Europe sont désormais en déclin et les effectifs sont parfois en chute libre », s’indigne Patricia Zurita, la présidente de BirdLife International. « Nos oiseaux méritent des routes migratoires plus sûres et nous souhaitons que les efforts de conservation soient accrus avant qu’il ne soit trop tard ».

Tim Stowe, le directeur de l’ONG « RSPB International » décrit cette décimation dans la Méditerranée comme « une honte ». « Il est temps que des mesures soient prises pour mettre fin au massacre et pour la protection des espèces vulnérables en particulier dans l’Union européenne où les pays ont des lois interdisant la capture d’oiseaux et les moyens pour les appliquer », indique-t-il.

Le cas du Liban

Situé sur la deuxième voie migratoire la plus importante du monde, le Liban est un endroit stratégique pour les oiseaux migrateurs. Malheureusement, leur extermination illégale est largement pratiquée dans tout le pays et représente un passe-temps banal et très populaire. Près de 2,7 millions d’oiseaux sont tués illégalement chaque année au Liban, soit 248 oiseaux au kilomètre carré. 327 espèces viennent régulièrement au Liban dont 59% sont illégalement tuées en grand nombre. La loi sur la chasse a enfin été approuvée en 2004, après des années de report, et il a fallu près de dix ans pour que les décrets d’application soient annoncés en 2012.

La chasse est interdite au Liban, mais la non-application effective de la loi a favorisé l’émergence d’une nouvelle génération de tireurs amateurs dépourvus des compétences et de l’éthique de base du chasseur et qui massacrent les oiseaux en toute illégalité dans toutes les régions libanaises. Près de 400 personnes sont victimes d’accidents de chasse mortels par an en raison de leur inexpérience.

De nouvelles méthodes d’abattage massif des oiseaux sont utilisées dans le pays, comme les enregistreurs sonores, les filets ou la lumière pour les piéger de nuit. Sont particulièrement concernées : la caille des blés (Coturnix coturnix), l’alouette calandre (Melanocorypha calandra), la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), la fauvette grise (Sylvia communis) et l’alouette des champs (Alauda arvensis).

La chasse et la capture illégales et irresponsables sont considérées comme la raison principale du déclin de plusieurs espèces migratrices au Liban. La Société pour la Protection de la Nature au Liban (SPNL, BirdLife au Liban) et ses partenaires ont été chargé par le gouvernement de mettre la nouvelle loi sur la chasse en application.

D’un point de vue culturel, la chasse des oiseaux est une tradition très ancienne à l’est de la Méditerranée, remontant au temps des pharaons pour ce qui est de l’Égypte. Selon M. Assad Serhal, directeur général de la SPNL, cette pratique est socialement acceptée au Liban et dans la région. Il estime à un demi-million le nombre de chasseurs au Liban, soit un neuvième de la population. « Aucun homme politique ne voudrait se mettre à dos un tel électorat (ou alors il serait aussi rare que l’ibis chauve) en s’élevant contre cette pratique ». M. Serhal ajoute : « Au Liban, les passereaux sont principalement concernés, pour une consommation personnelle ou pour être vendus aux restaurants ». D’autres espèces sont tuées juste pour le plaisir, ou alors capturées et mises en cage comme animaux domestiques. Les rapaces font l’objet d’un commerce illicite pour la taxidermie et les faucons sont vendus dans les pays voisins pour être utilisés en fauconnerie.

La solution au Liban

M. Assad Serhal a trouvé la solution idéale pour appliquer la loi sur la chasse, en la limitant à des zones spécifiques gérées par les municipalités dans plusieurs régions du Liban. Ces zones doivent être clairement définies et surveillées par des gardiens pour permettre un accès sûr et contrôlé des chasseurs, la vérification du nombre des proies autorisées par la loi et la sanction des contrevenants.

La création de telles zones est une tentative d’équilibrer les besoins respectifs de la faune et des hommes, avec l’apport des meilleures connaissances disponibles pour assurer la sécurité et limiter la chasse au gibier abondamment disponible sur le site. Les critères d’établissement des Zones de Chasse Responsable (ZCR) se basent sur des études scientifiques pour garantir la sécurité des chasseurs et la conservation des espèces chassées, grâce à une série de mesures de précaution et en veillant à une gestion adéquate et à l’application de la loi sur la chasse.

M. Serhal insiste sur le fait que les ZCR permettent de chasser dans les limites de prises prévues par la loi et sous le contrôle de la communauté locale représentée par la municipalité. La gestion des zones s’appuie sur des disciplines telles que les mathématiques, la chimie, la biologie, l’écologie, la climatologie et la géographie pour un résultat optimal. Les ZCP contribuent à réduire les dommages causés à la biodiversité en tenant compte des principes écologiques tels que la géographie naturelle, l’hydrologie et la science des sols afin d’équilibrer les besoins de la faune et des hommes.

Les autres pays méditerranéens

– En Égypte : près de 5,7 millions d’oiseaux sont décimés tous les ans, ce pays est l’endroit le plus dangereux du monde pour les oiseaux migrateurs en Méditerranée. La chasse systématique et sans discernement est largement pratiquée et un grand nombre d’oiseaux migrateurs sont accidentellement capturés lors de la chasse légale des cailles. Le moineau domestique (Passer domesticus), la foulque macroule (Fulica atra), la pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) et le loriot d’Europe (Oriolus oriolus) sont illégalement tués en grand nombre. La région d’El Manzalah dans le delta du Nil, d’une grande importance géographique pour les oiseaux ayant traversé la mer ou le désert, représente la troisième zone la plus dangereuse de la Méditerranée.

Les oiseaux illégalement capturés sont vendus dans des marchés et des restaurants à travers le pays. L’ONG « Nature Conservation Egypt » (NCE, BirdLife en Egypte), le gouvernement égyptien et l’AEWA (African-Eurasian Waterbird Agrement) ont convenu d’un plan d’action pour lutter contre la chasse illégale dans le pays. Ce plan a pour objectif de clarifier par ailleurs les points juridiques complexes de la législation sur la chasse et de sensibiliser les communautés locales aux conséquences de la chasse illégale.

– L’Italie, où 5,6 millions d’oiseaux sont illégalement tués tous les ans, suit de près l’Egypte dans le classement des pays les plus meurtriers, tandis que la région de Famagouste, à l’est de Chypre, est depuis plusieurs années une région des plus mortelles de la zone méditerranéenne pour les oiseaux migrateurs. C’est une zone de repos pour les oiseaux migrateurs, fatigués de leur traversée de la mer, et la concentration d’oiseaux y facilite le travail des braconniers.

Les autres pays européens figurant parmi les dix premiers de la liste : la Grèce (estimation de 0,7 millions d’oiseaux tués illégalement/an), la France (0,5 million), la Croatie (0,5 million) et l’Albanie (0,3 million). Bien que ne figurant pas sur cette liste, Malte (108.000 oiseaux par an) a le taux le plus élevé d’oiseaux tués au kilomètre carré.

Pour télécharger le rapport (en anglais)

 

 

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