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La HIMA Un Mode de Vie

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La Hima est un système traditionnel en vigueur depuis plus de 1500 ans dans la Péninsule arabique. Il a précédé l’Islam.
Hima est un mot arabe qui signifie littéralement « lieu protégé ». Les individus ou les groupes qui le possédaient en interdisaient l’accès. Plus tard, le sens du concept a évolué pour signifier un pâturage réservé ou un terrain laissé en jachère pour en permettre la régénération. Ce système dit Hima a permis, des siècles durant, l’utilisation durable des ressources par et pour les gens vivant à proximité.
Ce système est sous-tendu par une stratégie de gestion des pacages selon laquelle une communauté villageoise, un clan ou une tribu réserve une zone de pâturage en vue d’être utilisée de manière contrôlée par ses membres
Dans la Péninsule arabique, le système de Hima a favorisé pendant des millénaires la conservation des ressources et de la biodiversité et, par conséquent, celle du bien-être des communautés humaines. Il est donc le plus ancien système de protection de l’environnement toujours en vigueur.

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Catégories de Himas

Avant que le système moderne de protection de l’environnement n’ait inventé des catégories d’aires protégées, les sociétés traditionnelles de l’Arabie avaient déjà organisé l’usage de leurs terres dans le cadre des Himas selon les catégories suivantes :

1) Le pâturage est interdit, la coupe d’arbres et arbustes est autorisée durant des périodes déterminées. Les branches coupées sont évacuées des Himas pour nourrir le bétail. Le conseil de la tribu décide du nombre de personnes de chaque famille autorisées à couper des branchages. Les déplacements doivent se faire le long de certains sentiers afin d’empêcher la destruction de la fertilité des sols.

2) Le pâturage et la coupe sont autorisés sur une base saisonnière après la floraison et la fructification. Ceci permet la régénération naturelle pour les saisons suivantes.

3) Le pâturage est autorisé toute l’année pour un certain nombre d’animaux de certaines espèces. Pas de restrictions sur la coupe de l’herbe.

4) Des zones sont réservées à l’apiculture. Le pâturage est autorisé uniquement après la saison de floraison. Ces réserves sont fermées durant cinq mois de l’année y compris au printemps.

5) Des zones sont réservées à la flore forestière, par exemple le juniperus procera, l’acacias spp., l’haloxlon persicum. La coupe est autorisée en cas d’urgence ou de besoins impérieux.

6) Les zones boisées sont réservées afin de stopper la désertification ou l’empiétement des dunes de sable.

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Histoire du système

Avant l’Islam, l’institution de la Hima était parfois considérée comme un instrument d’oppression qui permettait aux puissants chefs nomades de monopoliser à leur profit les pâturages, les droits sur l’eau et d’autres avantages. Quoique ayant au départ des origines non religieuses, le concept de Hima a été assimilé et adapté par l’Islam pour signifier une zone inviolable (haram, harim) dont la faune et la flore étaient protégées.

Avec l’avènement de l’Islam, la Hima a évolué. Elle a été améliorée et promue comme institution viable capable de favoriser efficacement le bien public. Le Prophète et les premiers califes ont instauré des règles strictes gouvernant son usage.

Selon le Prophète: «Nul n’a le droit de déclarer un endroit Hima sauf Dieu et Son Messager». C’est ainsi que la Hima est devenue un symbole de justice, d’équité sociale et de réparation des torts. A cela s’ajoute le fait que les zones de Hima sont devenues des havres écologiques et des zones inviolables.

Certaines Himas traditionnelles ont été les zones de pâturage les mieux gérées de la Péninsule arabique car elles ont été utilisées correctement par les pasteurs depuis les premiers temps de l’Islam2.

Selon le droit musulman, pour être valide la Hima doit remplir quatre conditions qui émanent du Prophète et des premiers califes.

  • Elle doit être constituée par l’autorité légitime en place.

  • Elle doit être établie selon les directives divines en vue de favoriser le bien-être commun.

  • La zone déclarée Hima ne doit pas être trop vaste pour éviter de causer des difficultés aux populations locales, pas plus qu’elle ne doit les priver de ressources indispensables.

  • Elle doit assurer à la société des bénéfices réels supérieurs aux préjudices qu’elle peut causer. L’objectif principal de la Hima était le profit économique et environnemental des populations3.

Les Himas ont continué à exister tout au long du Moyen Âge, à la fois autour des villes et dans les zones rurales peuplées par les nomades. Elles ont eu des dimensions variables allant de quelques hectares à des centaines de kilomètres carrés4.

Les tribus recevaient du Prophète l’autorité en tant que gardiennes de leurs Himas et les contrôlaient au nom du gouvernement central. Des siècles durant, les habitants locaux des zones rurales et nomades ont établi avec succès une planification environnementale et des stratégies de gestion qui ont assuré un équilibre entre le développement des zones habitées et l’utilisation des ressources naturelles conformément au droit islamique et au système de gouvernement autonomes des tribus5.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les tribus ont continué à contrôler les Himas et à prendre soin des pâturages. Tel fut le cas en Jordanie, en Syrie, au Yémen et en Arabie Saoudite. Cela a servi à la fois des objectifs spirituels et culturels en vue de pratiquer gestion environnementale saine des ressources de subsistance.

Les tribus ont géré l’utilisation des terres par le consensus et non selon une législation imposée ou un contrôle institutionnel. Elles avaient un système de gouvernement hiérarchique bien établi, dirigé par un cheikh ou chef tribal, garantissant une représentation des groupes familiaux à travers des commissions, des comités et un conseil. Cette organisation permettait une gestion environnementale appropriée, chaque groupe étant responsable d’une zone différente. Un groupe était en charge de l’aménagement du paysage, un autre de la collecte des eaux de pluie, et un autre des pâturages, etc.

Le système de sanctions appliqué aux violateurs des Himas était efficace. Les violations des Himas étaient traditionnellement punies par l’abattage d’un ou de plusieurs animaux ayant violé l’interdiction de pâturage; mais en des temps plus récents, les sanctions ont pris la forme d’amendes et, dans le cas d’offenses répétées, d’emprisonnement6.

Les changements socio-économiques dans la région ont conduit à la détérioration du système de la Hima. La chute de l’empire ottoman a eu pour résultat un contrôle plus fort exercé par les nouveaux États, les terres des tribus ont été nationalisées et la demande plus élevée sur les produits agricoles, notamment la viande, ont conduit au surpâturage. Les systèmes durables d’utilisation de la terre ont décliné de même que la diversité des habitats. En Arabie Saoudite, où le système de Hima était le plus répandu, le nombre des Himas est tombé de 3 000 (lors de la dernière estimation menée en 1965) à quelques dizaines à l’heure actuelle.

Parfois, les Himas ont été la cause de conflits tribaux résultant de la compétition pour les ressources et le pouvoir. En outre, il existe des cas où la Hima traditionnelle a entraîné des discriminations sur base ethnique ou de genre, et d’autres où des sanctions violentes ont été mises en application. Le déclin récent de la Hima en Arabie Saoudite est du à l’absence d’un système de gestion des conflits. Ces dernières années, le pouvoir central saoudien a eu tendance à abolir les Himas lorsque des conflits surgissaient et étaient déclarés aux autorités.

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Caractéristiques de la Hima

• Le système protège les ressources et permet leur utilisation contrôlée.

• Il rencontre toujours un écho favorable parmi les populations, il est accepté socialement et soutenu par les gens qui se donnent la peine de le mettre en œuvre.

• Il est viable économiquement car il génère des bénéfices financiers et sociaux.

• Il distribue les ressources équitablement entre les membres d’une communauté locale.

• Par le passé, il permettait aux agriculteurs sédentaires de se protéger contre les éleveurs nomades.

• Le système de Hima est une forme traditionnelle de reconnaissance de la nécessité d’assurer l’accès à des ressources rares et témoigne que cette nécessité est reconnue localement depuis des siècles.

La Hima aujourd’hui

De plus en plus, les professionnels de la protection environnementale moderne voient dans les Himas le lien parfait entre la conservation des ressources renouvelables et le développement durable.

Nombre de ces professionnels, qui appliquent des méthodes d’inspiration occidentale, ont constaté les défauts des systèmes modernes de protection environnementale tels les parcs naturels, les réserves et les ères protégées. Cela va du déplacement forcé des populations autochtones à l’appauvrissement des communautés locales résultant de l’interdiction qui leur est faite d’accéder aux ressources naturelles. Certains de ces professionnels, qui travaillent dans le monde arabe et conseillent les gouvernements sur la gestion des ressources naturelles, ont découvert le système de Hima et ses avantages. Depuis, ils défendent le renouveau de cette ancienne institution et recommandent même de s’en inspirer pour développer des nouvelles pratiques pour les aires protégées existantes.

Tentatives de remise en vigueur

Après la redécouverte des avantages de la Hima, des professionnels ont commencé à explorer les moyens de sa remise en vigueur. Au début des années 1960 (1961-65), Omar Draz, un conseiller syrien de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), a travaillé en Arabie Saoudite où il a été impressionné par le système de Hima. A son retour en Syrie, conscient du potentiel de la Hima, il a promu activement la restauration du contrôle tribal sur les pâturages. A la suite de quoi, en 1967, une nouvelle réglementation a été développée qui visait à donner à des coopératives la capacité d’étendre les zones de pâturage. Ces coopératives étaient organisées sur une base géographique et non pas tribale. Les limites des coopératives Hima furent fixées par décret ministériel. Toutefois, cette initiative qui a duré jusqu’en 1974 environ, a échoué en raison de changements politiques qui ont réorienté le programme vers la distribution d’eau et vers d’autres objectifs.

A ce jour, les tentatives de restauration les plus réussies au Moyen Orient sont enregistrées au Liban. Invitée à apporter son soutien à la municipalité de Ebel es Saqi au Liban Sud en vue de créer un projet écologique sur une terre communale située sur une voie de passage importante pour les oiseaux migrateurs, la Société pour la Protection de la Nature au Liban (SPNL) a découvert de vieilles cartes sur lesquelles figurait le mot «Hima». Avec cette découverte, une opération de recherches a débuté pour accompagner le travail sur le terrain consistant essentiellement à établir des zones importantes pour la conservation des oiseaux (IBAs), à identifier les sites principaux de biodiversité et à créer des emplois pour les communautés locales.

En 2004, la SPNL a rétabli la Hima de Ebel es Saqi en travaillant en étroite collaboration avec la communauté villageoise suivant un nouveau modèle qui s’écarte de la Hima traditionnelle dans le sens d’une modernisation du concept. Alors que la Hima traditionnelle de Ebel es Saqi était utilisée pour les pâturages, la collecte des pignons et l’apiculture, la SPNL a rétabli la Hima dans le village pour être utilisée principalement pour l’écotourisme comprenant en particulier l’observation des oiseaux et la randonnée pédestre. Ces activités économiques, combinées à la conservation traditionnelle des pâturages et à l’apiculture, ont remplacé la chasse qui était largement pratiquée par les femmes et les hommes du village d’Ebel es Saqi. La municipalité a tout de suite édicté l’interdiction de chasser. Ainsi, la Hima nouvellement instituée répond aux exigences des trois piliers du développement durable : économique, social et environnemental.

L’expérience de remise en vigueur de la Hima menée par la SPNL démontre que les gens sont davantage prêts à accepter les initiatives de conservation lorsqu’elles sont ancrées dans leur histoire et dans leur langue. La SPNL, qui a été l’une des premières institutions à créer des aires protégées au Liban, a constaté qu’alors que les gens, surtout les locaux, s’opposent et sont parfois ouvertement hostiles à la création de réserves naturelles, ils adoptent une attitude favorable vis-à-vis de la Hima. Après avoir entendu parler de Ebel es Saqi, des municipalités et d’autres autorités locales ont commencé à contacter la SPNL en vue d’établir des Himas. En 2005, la municipalité de Kfarzabad a contacté la SPNL et a établi une Hima ainsi qu’une zone importante pour les oiseaux sur un marécage. Cette municipalité y a, à l’instar de ses prédécesseurs, immédiatement interdit la chasse. Auparavant, ces terres humides et les ressources en eau de Kfarzabad étaient utilisées principalement à des fins agricoles, pour la récolte des plantes comestibles et pour la pêche.

Le mot Hima résonne mieux aux oreilles des habitants de cette région que le mot mehmié dans son sens moderne d’aire protégée. Ceci est peut-être dû au fait que le mot Hima est profondément enraciné dans la mémoire collective locale et qu’il est associé à un mode de vie sans lequel la survie dans la région s’étendant de l’Asie occidentale à l’Afrique du Nord n’aurait pas été possible. C’est pourquoi les gens sont conscients que la Hima met l’accent sur le bien-être humain plutôt qu’exclusivement sur la protection de la faune et de la flore.

La guerre de juillet 2006 au Liban a démontré la résistance des Himas face aux crises et aux désastres en comparaison avec les autres systèmes de protection environnementale. Comme les Himas tirent leur force des gens qui vivent dans leur entourage direct, elles ont résisté au cours de la dernière agression contre le Liban alors que la dégradation environnementale a été la norme dans les zones où il y a eu des pertes de vies humaines. Le fait que l’aide humanitaire ait été transférée aux populations en détresse vivant autour des Himas et qu’elle soit parvenue par le biais des organisations de protection de l’environnement a renforcé l’engagement des habitants vis-à-vis de la protection de l’environnement et leur confiance dans les ONG. Ce fut l’un des rares moments où les professionnels de la protection environnementale ont montré de la sympathie pour le sort des gens autant que pour la cause des animaux. En fait, la guerre de juillet au Liban a démontré que lorsque les organisations de protection de l’environnement portent une attention suffisante aux populations et à leurs moyens d’existence, ces populations deviennent elles-mêmes des gardiennes efficaces des ressources naturelles. C’est ainsi que la véritable protection durable de l’environnement peut être réalisée.

Conséquence des efforts consentis et de l’attention portée durant la guerre par la SPNL et ses partenaires internationaux l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et BirdLife International, des municipalités dévastées par la guerre ont continué à réclamer la création de Himas sur leurs sites écologiques. En décembre 2006, la municipalité de Qolaylé, un village situé au sud de Tyr dont plus de 300 habitations avaient été détruites, a classé comme première Hima maritime une zone côtière. C’est un pas important sachant que plus de 40 000 personnes travaillant dans le secteur de la pêche ont été fortement affectées par une marée noire durant la guerre. Cette partie du Liban est connue pour être un lieu de ponte des tortues marines en danger de disparition : la tortue verte et la tortue loggerhead. Ce projet, financé par l’Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC), envisage de créer des emplois et un meilleur contexte économique pour les pêcheurs de la région.

Dans l’archipel de Zanzibar, en Tanzanie, la Fondation islamique pour l’écologie et les sciences environnementales (IFEES) travaille depuis 2001 en coopération avec CARE International, le World Wide Fund for Nature et l’Alliance of Religions and Conservation pour créer une Hima sur l’île de Misali, une zone forestière entourée par des récifs de corail qui sont parmi les plus baux de l’Océan Indien.

Misali dont les ressources font vivre plus de 11 000 personnes, souffrait des mêmes problèmes que la plupart des communautés traditionnelles à travers le monde : croissance démographique, attentes économiques plus importantes, faibles opportunités professionnelles, épuisement des ressources, menaces de développement industriel, impact sur le tourisme. La surpêche par les flottes étrangères à Misali a causé un épuisement dramatique des stocks de poissons, ce qui a conduit les pêcheurs à dynamiter ces mêmes récifs coralliens qui constituent des frayères pour les poissons dont les pêcheurs dépendent. Forcés de choisir entre la diminution de la faim et des objectifs à long terme de protection environnementale, les gens n’hésitent guère. Dans leur effort pour maintenir le niveau de leurs prises qui sont en constante diminution, la dynamite a été le dernier recours pour des pêcheurs désespérés7.

Après avoir essayé sans succès d’appliquer des méthodes de conservation conventionnelles, CARE International à invité l’IFEES à intervenir. C’est ainsi que Misali a été classée comme Hima. Ce projet, comportant un volet d’amélioration des capacités pour les différents groupes sociaux, est un succès. Cette initiative fait maintenant partie du Sacred Gifts Programme.

En Indonésie, le Parc National de Batang Gadis au nord de Sumatra est en train d’être institué en Hima en coopération avec l’organisation Conservation International.

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La Hima à l’ordre du jour : du local au mondial

En sa qualité de partenaire et de membre de plusieurs organisations internationales de protection de l’environnement telles BirdLife International et l’UICN, la SPNL a été capable de promouvoir rapidement dans des réunions et des forums régionaux la discussion autour de la remise en vigueur des Himas. BirdLife a adopté la Hima comme stratégie pour relier les zones importantes pour la conservation des oiseaux (IBAs) aux populations, et elle a pris à diverses occasions un engagement au sujet de la Hima dont l’une au cours d’une réunion de partenariat BirdLife Moyen-Orient (Yémen, novembre 2006).

L’UICN a adopté la Hima comme approche pour faire le lien entre les modèles de développement et de protection environnementale dans la région du Moyen-Orient. Après le conflit de l’été 2006, l’UICN a créé un groupe de travail (task force) pour le Liban visant à évaluer le niveau de dégradation environnementale et ses effets sur les moyens d’existence des populations. L’UICN a été aussi l’une des premières organisations à reconnaître la capacité de résistance des Himas en temps de crises et de désastres. Après avoir noté les succès enregistrés par ses membres, l’UICN a décidé de lancer dans la région son projet de « Conservation pour la réduction de la pauvreté » en comptant sur la Hima comme instrument. Le secrétariat régional pour l’Asie Occidentale et Centrale et pour l’Afrique du Nord, basé à Amman, a créé le programme « Pauvreté, équité et genre » dans la stratégie duquel la Hima joue un rôle central.

Comme résultat de toutes ces activités, une réunion internationale intitulée «Conservation pour la réduction de la pauvreté, approches traditionnelles en Asie Occidentale: remise en vigueur et évolution de la Hima au XXIe siècle» a été organisée en mars 2007 au Liban grâce à un partenariat entre l’UICN, BirdLife, le ministère libanais de l’Environnement, la SPNL, la SDC, la Société royale pour la conservation de la nature (RSCN) et la Fondation Hanns Seidel. Cette réunion s’est tenue à Kfarzabad pour apporter davantage de bénéfices économiques à une communauté de Hima. Cette stratégie s’est avérée efficace car elle a contribué à donner de la visibilité à cette communauté et à ses efforts de conservation.

Quelques cinquante participants venus d’Arabie Saoudite, du Yémen, du Qatar, d’Égypte, de Syrie, d’Oman, de Jordanie, de Bahreïn, du Liban et d’Europe se sont mis d’accord sur une feuille de route en vue de travailler à une conservation plus équitable qui contribue à réduire la pauvreté en Asie Occidentale et en Afrique du Nord par l’utilisation d’approches traditionnelles.

La feuille de route comprend les points suivants:

  1. Travailler à une vision de la Hima.

  2. Améliorer la compréhension de la Hima et des autres approches discutées au cours des ateliers : Aflaj et les autres systèmes de gestion de l’eau, terrasses agricoles, zones Awqaf et Harim pour l’eau, système Hujrah au Yémen, systèmes de propriété foncière des villages, systèmes de pâturage des éleveurs nomades, etc.

  3. Renforcer le cadre de travail légal et de gestion officielle.

  4. Améliorer la mise en œuvre des projets de remise en vigueur de la Hima.

  5. Promouvoir le concept de Hima dans la prise de décision au sujet de la conservation au niveau régional et mondial.

  6. Relier et créer des réseaux entre les initiatives de Hima dans le monde.

  7. Améliorer la sensibilisation, l’éducation et la communication.

  8. Collecter des fonds pour promouvoir le concept de Hima.

  9. Identifier les démarches futures et répartir les rôles et les responsabilités.

De manière significative, les discussions au cours des réunions ont souligné que les informations et la connaissance au sujet de la Hima et des autres approches traditionnelles dans la région faisaient grandement défaut. C’est la raison pour laquelle l’accent a été mis sur le besoin d’encourager davantage de recherches universitaires et autres. Un groupe pluridisciplinaire comprenant des universitaires, des sociologues et des professionnels de la protection environnementale devra travailler ensemble en vue d’élaborer une banque de données sur la Hima, que ce soit à travers des recherches ou des projets de mise en œuvre.

Toutefois, les participants sont tombés d’accord sur un point : le manque de connaissance ne doit pas arrêter les tentatives de remise en vigueur de la Hima. La recherche et la mise en œuvre de projets pilotes doivent aller de pair.

Questions fréquentes sur la Hima

Pour les professionnels de la protection environnementale, il est aujourd’hui peu connu que les Himas ont existé en dehors de la Péninsule arabique. On sait peu de choses sur les extensions septentrionales du système, par exemple au Liban, et sur les périodes durant lesquelles ces systèmes ont été en vigueur. Dans quelle mesure les Himas étaient-elles pratiquées dans les régions sous contrôle ottoman? Existaient-elles en Iran? En Asie Centrale? En Afrique du Nord? Si oui, à quelles périodes? Quelles formes ont-elles pris? Quels changements ont-elles connus et en réponse à quels facteurs? Y a-t-il eu des institutions équivalentes ou similaires dans ces régions? Qu’est-ce qui a conduit à l’établissement de Himas dans le califat de Sokoto actuellement au nord du Nigeria, et quelles formes ont-elles pris? Dans quelle mesure ont-elles réussi? Certaines ont-elles survécu? L’une des lacunes les plus importantes dans notre connaissance du système de Hima concerne les détails relatifs à la gestion: comment les décisions étaient-elles prises et les conflits réglés sous divers systèmes de gouvernance, entre les Himas établies par des pouvoirs centraux et celles créées par des communautés villageoises ou nomades ? Qu’est-ce qui fonctionnait, ou non, et pour quelles raisons8 ?.

Le Forum régional de l’UICN pour la conservation

Au cours du Forum régional de l’UICN pour la conservation qui a réuni les membres de l’UICN en Asie Occidentale et Centrale et en Afrique du Nord (Téhéran, mai 2007), des tentatives ont été faites pour répondre à quelques unes de ces questions et pour tester les possibilités de remise en vigueur des approches traditionnelles équitables.

Il a été observé qu’il y avait, à travers la région, des systèmes du même type que la Hima. Au Soudan, le mot mehmié est utilisé, mais le système suivi est similaire à la Hima. En Iran, existe le qorok, au Yémen, le mahjar ou hujrah, et l’agdal en Algérie.

Les membres du Forum régional ont convenu que la Hima était à ce point un mode de vie dans leur région que celui-ci est encore présent de nos jours, enraciné dans les pratiques du quotidien et la culture populaire, à travers des expressions verbales, les hymnes nationaux, le cinéma, etc.. L’hymne national tunisien décrit le pays comme une Hima: «Protecteurs de la Hima, Ô Protecteurs de la Hima, venez et rejoignez la gloire du temps, le sang a crié dans nos veines, nous mourrons, nous mourrons et Vive la Nation».

Les hommes âgés au Liban et en Égypte utilisent cette expression lorsqu’ils se préparent à se lever: «Ô Protecteur de la Hima» par référence à Dieu, une façon de solliciter la force et l’énergie du Créateur.

Les membres égyptiens participants au Forum ont dit que Hima est un mot fréquemment mentionné dans les films produits dans leur pays, très populaires dans le monde arabe.

Les membres de l’UICN qui ont participé à une session au sujet de la Hima ont convenu que les changements politiques et socio-économiques qui ont touché les différents pays de la région et, par voie de conséquence, les systèmes traditionnels sont bien similaires. L’industrialisation, la nationalisation des terres, la création d’États-nations, l’introduction des modèles occidentaux d’aires protégées et l’illusion que l’évolution rendra les ressources plus abondantes, tout cela a eu pour résultat la destruction de la Hima et des systèmes similaires partout dans la région et, parallèlement, la perte graduelle du patrimoine et de la connaissance traditionnels. Ces facteurs de changement ont appauvri les nomades et les autres communautés locales en les privant de leurs ressources. Les membres ont convenu que la remise en vigueur de la Hima pourrait aider à remédier aux conséquences de cette tragédie. Ils ont affirmé qu’il n’y avait pas d’autre choix que de planifier la conservation et le développement pour la région au moyen de la Hima.

Ils ont également convenu que les projets pilotes et les activités de renforcement des capacités relatives à la Hima et aux systèmes apparentés devraient être mis en œuvre parallèlement.

Les membres de l’UICN originaires d’Afrique du Nord ont exprimé un intérêt particulier pour la remise en vigueur de la Hima et des autres systèmes traditionnels.

Une carte de la répartition de la Hima.

Références: Lutfallah Gari

Othman Llwellyn

Fazlun Khalid

1 Lutfallah Gari, “A History of the Hima Conservation System,” Environment and History, 2006.

2 Lutfallah Gari, op. cit.

3 Lutfallah Gari, op. cit.

4 Lutfallah Gari, op. cit.

5 Lutfallah Gari, op. cit.

6 Lutfallah Gari, op. cit.

7 Fazlun Khalid, “The Application of Islamic Environmental Ethics to Promote Marine Conservation in Zanzibar, a Case Study,” www.ifees.org, January 2003.

8 Othman Llewllyn