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Pourquoi le Liban est-il si important pour la biodiversité ?

Malgré sa superficie relativement réduite, le Liban possède un très haut niveau de biodiversité. Dans son contexte mondial, l’importance de la richesse de la faune et de la flore libanaises peut être mieux appréciée. En effet, ce qui peut paraître ordinaire au niveau régional, est parfois tout à fait inhabituel à l’échelle mondiale. Il existe 3 raisons majeures pour lesquelles le Mont-Liban possède un haut niveau de biodiversité:

En termes de biodiversité, il appartient au “point chaud” méditerranéen.

Myers (1990) 1 a désigné le bassin méditerranéen (voir Fig. 1) comme étant l’un des « points chauds » exceptionnels sur Terre en termes de biodiversité. Cette région regroupe, dans des zones relativement petites, des pourcentages élevés de biodiversité mondiale. De nombreuses propositions ont été avancées pour expliquer cette richesse naturelle. Mais nous nous intéresserons ici aux résultats des changements évolutifs, géographiques et climatiques, qui ont permis à la biodiversité du bassin méditerranéen d’être telle qu’elle aujourd’hui. Afin d’illustrer cette richesse naturelle, deux exemples parmi tant d’autres, sont cités ci-dessous:
• La flore de la Méditerranée compte plus de 25 000 espèces de plantes à fleurs2
• La Méditerranée est la région la plus riche d’Europe en termes d’invertébrés, 75% de la faune européenne totale se trouve dans le bassin, ce qui représente environ 10% de toutes les espèces de plantes à fleurs connues sur terre, alors que la superficie du bassin représente à peine 1,5% des terres émergées de la planète.

Délimitation approximative des terres du bassin méditerranéen
Figure 1 Délimitation approximative des terres du bassin méditerranéen 4

 

Au sein du bassin méditerranéen qui est riche en biodiversité, la région du Mont-Liban est considérée comme un «point chaud régional» à part entière. On constate que le nombre des espèces endémiques augmente avec l’altitude. Ce n’est donc pas surprenant que des taux d’endémisme très élevés soient observés parmi les espèces végétales de la chaîne du Mont Liban5. Voir Fig. 2.

Figure 2 Points chauds pour les plantes endémiques du bassin méditerranéen
Figure 2 Points chauds pour les plantes endémiques du bassin méditerranéen

En raison de sa proximité avec les régions biogéographiques voisines

Une troisième raison explique la grande biodiversité de la région du Mont-Liban. En effet, comme il est situé à proximité de quatre grandes régions biogéographiques, il a été enrichi par la flore et faune voisines. Voir Fig. 3.

Figure 3 Subdivisions de la région méditerranéenne et délimitation des grandes régions biogéographiques et provinces6
Figure 3 Subdivisions de la région méditerranéenne et délimitation des grandes régions biogéographiques et provinces6

Taux d’endémisme de 20%
Taux d’endémisme entre 10 et 20%
Les terres émergées du Liban et des pays voisins peuvent être considérées comme un pont reliant l’Europe à l’Asie, ainsi que l’Arabie et l’Afrique. Cette région est à la croisée des chemins de plusieurs anciennes civilisations humaines ; la région a donc vu des plantes et des animaux se propager depuis leur région d’origine et coloniser de nouvelles zones. Beaucoup d’entre eux sont encore présents parmi l’actuelle faune et flore libanaise.
Voici des exemples pour illustrer ce propos:
• Parmi les quatre quartiers du bassin méditerranéen, le quart Est est le plus riche en mammifères avec 106 espèces, dont 23 espèces sont d’origine asiatique et ne se reproduisent actuellement que dans le bassin.
• L’hyène rayée (Hyaena hyaena) est une espèce libanaise d’origine africaine.
• Le sanglier (Sus scrofa) est un colonisateur européen (voir Mammifères).

Itinéraires de migration des oiseaux planeurs (voir Migration)

En raison de leur type de vol, les oiseaux planeurs comme les rapaces, les cigognes, les grues et les pélicans, voyagent sur de longues distances en évitant de traverser les mers ; ainsi, ils empruntent des itinéraires de migration bien documentés pour parvenir à leur demeure hivernale puis estivale. Le Liban se trouve sur une route de migration importante, entre les régions du Sud (en particulier l’Afrique subsaharienne) occupées par les oiseaux en hiver, et du Nord où plus de 30 espèces de rapaces viennent se reproduire dans l’Ouest du paléarctique. En raison de la position de la mer Noire, de la mer Caspienne et de la mer Méditerranée, le Liban est l’un des points où les oiseaux se concentrent le plus sur cette voie de migration complexe. Bien connu sous le nom de « site du goulot », le Liban accueille de grandes concentrations d’oiseaux planeurs migrateurs, chaque printemps et automne. (Voir Fig. 4 et 5)

Figure 4 Routes de migration des oiseaux de proie au Moyen-Orient : Automne7
Figure 4 Routes de migration des oiseaux de proie au Moyen-Orient : Automne7

Maximums saisonniers:
C: (uniquement pour le Sud du Liban)
• Bondrées apivores = 437 000
• Aigles pomarins = 141 000
• Éperviers du Levant = 44 000

Figure 5 Routes de migration des oiseaux de proie au Moyen-Orient : Printemps
Figure 5 Routes de migration des oiseaux de proie au Moyen-Orient : Printemps
1 Myers, N. (1990) The biodiversity challenge: expanded hotspot analysis. The Environmentalist, 10, 243-256
2 Quezel, P. (1985) Definition of the Mediterranean region and origin of its flora. In plant conservation in the Mediterranean area (ed. C. Gomez- campo), pp 9-24
3 Baletto, E. and Casale, A. (1991). Mediterranean insect conservation. In the conservation of insects and their habitats (ed. N.M. Collins and J.A. Thompson) pp 121-142
4 Biology and Wildlife of the Mediterranean Region. J. Blondel and J. Aronson.

5 Biology and Wildlife of the Mediterranean Region. J. Blondel and J. Aronson.
6 Quezel, P. (1985) Definition of the Mediterranean region and origin of its flora. In plant conservation in the Mediterranean area (ed. C. Gomez- campo), pp 9-24

7 Raptor Migration in the Middle East Shirihai, H. Yosef, R. Kirwan, G. Spaar, R.

 

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