Home » Actu » Un aigle migrateur abattu… et soupçonné d’espionnage !
Photo Credit: Frédéric LARREY & Thomas ROGER

Un aigle migrateur abattu… et soupçonné d’espionnage !

L’histoire insolite, qui a commencé par la découverte d’un dispositif électronique sur l’animal, est replacée dans son contexte scientifique par la SPNL.

 

Le ridicule ne tue plus… que les oiseaux migrateurs qui ont le malheur de passer par le ciel libanais. Des chasseurs amateurs ont récemment tué un aigle de Bonelli à Achkout, caza du Kesrouan. Des médias libanais et palestiniens ont colporté la nouvelle pour une raison bien précise : un dispositif électronique a été trouvé sur son dos, ainsi qu’un bracelet d’acier autour de sa patte avec le mot « Israël » gravé dessus, suivi des initiales de l’université de Tel-Aviv. Un troisième dispositif était planté dans son corps, relié à un appareil de communication avec l’extérieur. Aussitôt, le mot « espionnage » est apparu, comme si l’animal avait été utilisé à de telles fins par ceux qui l’auraient envoyé sous nos cieux.
La Société de protection de la nature au Liban (SPNL), qui se charge du suivi de la promulgation des lois pour l’organisation de la chasse au Liban, a publié hier un communiqué démentant formellement le fait que de tels animaux puissent être employés à des fins d’espionnage. « On ne peut utiliser de tels prétextes pour justifier la chasse d’oiseaux migrateurs, surtout que le commandement de l’armée n’a pas confirmé cette information, explique Assaad Serhal, directeur de la SPNL. Les dispositifs dont sont dotés certains oiseaux permettent à des scientifiques de les suivre. Cette méthode est utilisée par nombre de centres de recherche spécialisés dans la vie sauvage, dans l’objectif de suivre la trajectoire des différentes espèces d’oiseaux menacées d’extinction, de comprendre leur mode de vie, les régions où elles se reproduisent, leur itinéraire de migration… »
Ghassan Jaradi, ornithologue auprès du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), confirme : « Les dispositifs installés sur les oiseaux sont la meilleure méthode utilisée de nos jours pour suivre leur trajectoire entre l’Europe et l’Afrique, ou le contraire. Il faut arrêter de trouver des prétextes pour tuer ces animaux menacés, à l’instar, par exemple, de la hyène qui est extrêmement utile dans le cycle naturel. »
Le communiqué reprend le texte d’un message envoyé à la SPNL par Imad Atrach, directeur de l’Association de la vie sauvage en Palestine. Celui-ci confirme que l’oiseau appartient bien à l’espèce de l’aigle de Bonelli (du nom du grand ornithologue italien qui a découvert l’espèce au XIXe siècle), qui vit dans la région du Carmel, au nord de la Palestine. À savoir que l’aigle de Bonelli se rencontre autour de la Méditerranée, ainsi qu’en Asie, depuis le Proche et le Moyen-Orient et jusqu’en Chine méridionale. La France représente sa limite nord de répartition mondiale où il suit la répartition de l’olivier. L’aigle de Bonelli est considéré comme une espèce relique, c’est-à-dire une espèce presque éteinte, d’origine très ancienne et qui ne se rencontre que dans une aire limitée. Cet oiseau est protégé dans la plupart des pays d’Europe.
Mais tout cela importe peu à nos chasseurs qui, pour la plupart, continuent de pratiquer une chasse tout à fait chaotique. Et c’est ce que la SPNL, dans son communiqué conjoint avec le projet des oiseaux migrateurs du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a dénoncé hier. M. Serhal a appelé à un développement du système des « himas », ces réserves protégées par les autorités locales, une idée ancienne ravivée par l’association. Celle-ci milite aussi pour une classification des terrains, afin de préciser où la chasse est permise.
Pour sa part, Salim Hamadé, directeur du projet des oiseaux migrateurs, a estimé que « les chasseurs qui tirent sur des oiseaux migrateurs enfreignent la loi d’interdiction de la chasse qui est toujours en vigueur tant que le Conseil des ministres n’a pas décrété l’ouverture de la saison, et font fi de plusieurs conventions internationales qui protègent ces espèces ». « La publication de photos d’oiseaux migrateurs chassés doit faire office d’avis à la justice », a-t-il ajouté.
Cette histoire n’est pas la première du genre. En septembre, une cigogne a été capturée et « emprisonnée » dans le sud de l’Égypte en raison du dispositif électronique installé sur son dos, comme l’avait alors rapporté France 24. Ce dispositif avait été suspecté par les autorités du gouvernorat de Qena d’être un appareil d’espionnage, alors qu’il ne s’agissait que d’une balise de suivi pour les oiseaux migrateurs, installée par des scientifiques français, selon le journal Le Parisien qui a repris l’information.

Source: lorientlejour.com

Check Also

La SPNL finaliste du prix Équateur 2015

Le  Prix Équateur  est décerné tous les deux ans pour reconnaître et promouvoir des solutions …