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Le Liban coté nature

Une partie de la population a compris que la principale richesse du Liban est sa nature. Depuis plusieurs années les projets écologiques voient le jour, d’anciennes Hima sont réhabilitées, les parcs nationaux font participer les populations locales, et des associations pour la nature développent l’ écotourisme en soutenant des projets privés. Un voyage insolite pour découvrir le Liban coté nature.

Les Himas : Kfar Zabad et Qoleileh

Le Hima signifie littéralement « lieu protégé » en Arabe mais son sens a évolué au fil des siècles pour aujourd’hui désigner un pâturage réservé ou un terrain non cultivé de manière saisonnière permettant sa régénération. Ce concept fut instauré à grande échelle au 7 éme siècle par un écologiste précurseur, le prophète Mohammad. L’idée étant de limiter les effets négatifs engendrés par l’utilisation à outrance des faibles ressources naturelles de sa région. La hima est devenue le moyen de conservation des ressources naturelles le plus répandu dans le moyen orient, servant uniquement le bien publique et permettant une utilisation durable des ressources naturelles et la conservation de la biodiversité.

Au Liban, la région marécageuse de Kfar Zabad est notamment réputée pour la diversité des oiseaux migrateurs menacés, qui viennent se ressourcer dans les marais alentours, tel le busard pale ou l’aigle impériale. Malheureusement, l’utilisation à outrances des terres et de l’eau a failli détruire ces vastes zones marécageuses. La population locale à donc adopté l’instauration d’une Hima et grâce au soutient de la Société pour la Protection de la Nature au Liban, elle peut gérer ce projet sans l’intervention de l’autorité centrale de Beyrouth. Ainsi des terres ont été mise en jachère de manière saisonnière afin de laisser le sol se ressourcer, la chasse y a été définitivement proscrite, puis les canaux d’irrigation ont été déviés afin d’étendre les zones de marais et inciter les oiseaux migrateurs à y faire halte.

Le village de Kfar zabad à plusieurs projets d’écotourisme pour compenser la perte de revenu de la chasse et de l’agriculture. Il faut d’abord former des locaux à l’observation des oiseaux, à la gestion d’un groupe de randonneur, sans oublier l’escalade et le canoë sur la rivière Shamsein. Des ruines, témoins de l’histoire de la région, sont restaurées et proposées à la visite. Enfin, Un terrain de camping voit le jour avec un système de recyclage de l’eau usée des douches et toilettes et la Spnl encourage les habitants à accueillir les visiteurs dans l’esprit de la chambre d’hôte. Mais la Hima encore naissante de Kfar Zabad à failli être réduit à néant par les bombardement israéliens de 2006. Les paysans ne pouvaient pas se rendre sur leur champs et on craignait les conséquences de l’arrivée de réfugiés sur les ressources naturelles comme l’eau. Pour prévenir cela, la Spnl, accompagnée de deux autres associations pour la nature, a développé une campagne de « l’espoir », pour fournir de l’aide humanitaire aux populations touchées et déplacées par la guerre, temporairement réfugiés à Kfar Zabad. Cette initiative à permis d’atténuer les pressions sur les ressources naturelles et a renforcé l’engagement des habitants vis à vis de la protection de l’environnement et leur confiance dans les ONG. Cela confirme que lorsque les organismes de protection de l’environnement porte une attention suffisante aux populations et à leur moyen d’existence, ces populations deviennent elles même des gardiens efficaces des ressources naturelles.

D’autres projets du même ordre prennent forme, notamment au sud du pays sur le littoral. Qoleileh, un village situé au sud de Tyr, s’est vu proposer de transformer une vaste bande de sable de plus de 7 kms sur 100 mètres de large en Hima. C’est une étape importante pour cette région, très durement touchée par la guerre et dont le littorale souffrait déjà d’une destruction répétée à la dynamite. La technique de pêche a l’explosif menaçait réellement l’écosystème marin dont les tortues vertes et les loggerhead, toutes deux en voie de disparition, qui viennent pondre leurs œufs sur le littoral libanais. En tout premier lieu la Hima doit insister sur la formation des pêcheurs à de nouvelles techniques de pêche. En leur fournissant du nouveau matériel pour remplacer celui détruit lors des bombardements, la SPNL leur inculque en parallèle des techniques de pêche au filet plus respectueuse de l’environnement. Une formation leur a également été dispensé sur les différentes espèces d’oiseaux qui parcourent le littorale, afin d’être capable de les identifier et d ‘ achever leur apprentissage en tant que guide locale ; un atout non négligeable pour développer l’ écotourisme.
Les Himas sont donc un lien parfait entre la conservation des ressources renouvelables et le développement durable, contrairement au système moderne de protection de l’environnement comme les parcs naturels qui peuvent entraîner un appauvrissement des populations locales suites aux interdictions qui leur est faite d’accéder aux ressources naturelles. Le Liban a compris qu’il fallait engager la population locale dans ces projets de protection de l’environnement. Ces parcs nationaux en sont aussi un parfait exemple.

Les parcs nationaux : la réserve de Chouf

Le Liban compte 8 réserves naturelles classées, 6 forets et 2 sites marins qui conjuguent une grande beauté et une remarquable biodiversité. La réserve de Chouf, la plus grande du pays, s’étend sur une superficie de 550 km² pour une altitude variant entre 1200 et 1900 mètres. Cette réserve doit sa renommée aux trois grandes forêts de cèdres qu’elle abrite: Maasser Ech-Chouf, Barouk, et Aain Zhalta-Bmahray. Ces dernières qui comptent des cèdres deux fois millénaires totalisent plus du quart de ces arbres. Sa superficie lui a permis de devenir le foyer de plus de 27 espèces de mammifères dont 12 considérés rares à l’échelle internationale tels l’hyène, le renard ou le loup, qui côtoient plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux, le tout dans un cadre naturel composé de 124 variétés de plantes et 31 types d’arbres.

Mais cette foret de cèdres a longtemps été victime des pires exactions. L’abattage abusif des arbres à des fins privées ou industrielles, la pratique de la chasse à outrance sans réglementation saisonnière, l’empiétement des troupeaux venus en trop grand nombre paître, sans parler des méfaits de la guerre dans la région, toutes ces agressions ont particulièrement endommagé la faune et la flore. C’est ainsi que fut créer en 1994 l’association des cèdres Al Chouf, organisation non gouvernementale à l’origine de la réserve et gestionnaire de celle ci en collaboration avec le ministère de l’environnement. Afin de protéger durablement cette biodiversité contre toute activité nuisible, cet organisme a très vite mis en place une interdiction de chasser et en collaboration avec les autorités locales, a mis un terme au braconnage et aux exploitations forestières en tout genre. Les bergers et leur troupeau se virent interdire l’entrée de la réserve. Puis l’équipe de gérance a installé trois nouveaux points d’eau pour permettre aux animaux de se désaltérer en saison sèche.
Mais encore une fois, une bonne politique de protection ne peut exister sans faire participer les populations locales. Les femmes ont été un moteur important, pilier de cette nouvelles économie lié à écologie, elles ont été formé à l’utilisation des plantes médicinales et aromatiques, leur permettant de tirer un certain profit de leur savoir, tout en assurant la protection et l’utilisation raisonnée des plantes sauvages. En acceptant les formations, elles ont très vite pu tirer partie des richesses offertes par la nature, comme les plantes médicinales présentes dans la réserve, à l’exemple de la Béberis du Liban, endémique à cette région. Afin de tirer un revenu de leur travail sur la flore, les femmes ont privilégié la confection de confitures naturelles à base des produits locaux, ainsi que du miel, le tout vendu aux diverses entrées de la réserve. La formation se base donc sur trois points importants que sont la connaissances des la Flore, son exploitation raisonnée et la mise en valeur du produit fini, tout en fournissant aux femmes le matériel nécessaire au bon déroulement de ce projet.
En parallèle l’ écotourisme est mis en avant grâce notamment au développement d’un gigantesque projet, aujourd’hui sur le point d’aboutir, qui permet de relier le Nord du pays au sud, uniquement grâce aux sentiers de randonnée. Un trajet de 24 jours sur 440 kms, qui, à travers un écotourisme responsable, élargie les possibilités économiques, dans les zones rurales les plus reculées. A travers la nature et les ruines romaines parsemant le parcours, le randonneur aura l’occasion de partager la vie locale grâce à un réseau de guest house dispersée dans les différents villages bordant le sentier. En effet après une marche quotidienne d’une vingtaine de kilomètres, le sentier s’achève toujours dans un village mettant ainsi à contribution les habitants et leur production.

Aujourd’hui de nombreux projets de ce type tentent de voir le jour grâce à des associations engagées dans la protection de la nature qui ont compris que la sauvegarde de cette dernière ne peut sans faire sans la participation active des populations locales ainsi que la formation et l’éducation des plus jeunes sur l’écologie.

Ces différents exemples de protection de l’environnement ont donc un réel intérêt au vu des tendances actuelles en matière de sauvegarde de la biodiversité. Ils se différencient des systèmes classiques de sauvegarde uniquement liés à l’interdiction, en privilégiant la gestion des zones protégées par les communautés locales. Ces principes sont donc la transmission du pouvoir de décision aux communautés locales, la distribution et le partage équitable des ressources naturelles et la préservation des coutumes et des savoirs locaux. Après avoir souffert du pire de l’humanité, le Liban peut aujourd’hui être fier d’être un précurseur dans le domaine environnemental.

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