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Un projet d'aménagement touristique menacerait le sanctuaire des tortues de mer sur la plage de Mansouri, au Liban-Sud. Photo d'archives..

Polémique autour du sanctuaire des tortues de mer au Liban-Sud

Un projet d’aménagement touristique menacerait-il la plage de la “Orange House”?

Deux fois par an, une partie de la plage de Mansouri, près de Tyr (Liban-Sud), est le théâtre d’un fabuleux ballet entre terre et mer. Lors du premier acte, des tortues de mer viennent creuser le sable de la plage pour y pondre des dizaines voire des centaines d’oeufs. Quelques mois plus tard, deuxième acte : de petites tortues s’extirpent de leurs oeufs pour se ruer, véritable course contre la montre et les prédateurs, vers la mer.

A Mansouri, ces tortues ont un ange gardien, Mona Khalil, qui, il y a une douzaine d’années, a fondé la “Orange House”.

Maison familiale, la “Orange House”, qui se trouve à quelques mètres seulement de la plage, a été transformée en gîte écologique, dont les bénéfices servent à financer les activités de préservation, sur une bande de 1,4 kilomètre de plage, des espèces marines en général, et des tortues de mer en particulier, car ce bandeau de sable est leur lieu de ponte. Protéger cette zone est d’autant plus important que la tortue marine est, à travers le monde, une espèce particulièrement menacée, parfois d’extinction.

Les activités de préservation consistent en des patrouilles quotidiennes pour nettoyer les plages des sacs en plastique (avec lesquelles les tortues risquent de s’étouffer) et autres déchets, la mise en place de barrières pour préserver l’habitat des tortues, la création d’incubateurs de nids destinés à les protéger des prédateurs naturels.

Il y a quelques jours, Mona Khalil a tiré la sonnette d’alarme. En cause, un projet d’aménagement touristique de la plage exécuté par la municipalité de Mansouri qui, selon elle, menacerait le sanctuaire. Or la destruction du sanctuaire aurait un impact dramatique pour les tortues, car elle reviennent toujours pondre à l’endroit où elles sont nées.

Au delà de la question du lieu de ponte, les jeunes tortues sont particulièrement vulnérables, aussi bien face aux prédateurs naturels qu’à la pollution, il s’agit donc de les protéger. Adultes, les tortues ont besoin de calme pour pondre, ce qui leur est assuré sur la plage de la “Orange House”.

Un projet touristique sur la plage de Mansouri serait-il dès lors sans risques pour la survie des tortues de mer? Contacté par Lorientlejour.com, le président de la municipalité de Mansouri, Hassan Khachab, assure que la municipalité fait de son mieux pour préserver le littoral ainsi que les lieux de ponte des tortues dans la région.

“Le projet n’a pas commencé, il s’agit uniquement d’élargir l’espace réservé aux voitures pour accueillir plus de gens. Nous voulons renforcer le tourisme dans notre village”, explique le responsable, qui précise que le terrain que la municipalité souhaite exploiter “appartient au ministère des Finances, il s’agit de parcelles que la municipalité a le droit d’utiliser”.

Selon lui, l’affaire a été exagérée par Mona Khalil “avec qui nous avons pourtant coopéré à plusieurs reprises”, souligne-t-il. “Nous sommes conscients de l’importance des lieux de ponte des tortues et de la protection de ce site”, insiste encore le président de la municipalité.

Mona Khalil étant injoignable, Lorientlejour.com a contacté le directeur de l’ONG “Society for protection of nature in Lebanon” (SPNL), Assaad Serhal, qui s’est rendu samedi dernier avec une équipe à Mansouri. Selon lui, un projet touristique a bel et bien été approuvé par la municipalité, et les parcelles de terrain sur lesquelles le projet serait envisagé sont privées.

Pour M. Serhal, Mona Khalil craint que le projet touristique ne s’étende jusqu’à la zone déclarée “hima” (site protégé) il y a quelques années par la municipalité de Mansouri elle-même. Cette déclaration est d’ailleurs la meilleure arme de la fondatrice de la “Orange House” pour la protection de la plage et des tortues de mer.

“L’affaire semble pour le moment être réglée entre les deux parties. Sur le terrain, tout semble dans l’ordre”, indique néanmoins l’activiste, saluant en Mona Khalil “une femme qui milite mais aussi oeuvre pour le changement et pour la préservation de l’environnement et dont les efforts devraient être reconnus.”

L’affaire est-elle définitivement réglée ou simplement suspendue?

Une commission du ministère de l’Environnement devrait prochainement enquêter sur le terrain et se prononcer sur ce dossier.

“Cette affaire peut resurgir à tout moment, déplore Karim Habet, un amoureux de la nature au fait du dossier. “Pour ne pas risquer la disparition, ce site devrait être déclaré réserve naturelle et donc relevant de la responsabilité de l’Etat, qui est censé protéger le patrimoine libanais”.

Source:  Rita Sassine et Elie Wehbé | www.lorientlejour.com/

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