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Deux paires d'Ibis chauves sur leur site d'hivernage dans les hauts-plateaux d’Éthiopie, en novembre 2008. Trois d'entre eux étaient munis d'émetteurs satellite. Tous les ans, à la fin du mois de février, ils retournaient dans leurs falaises de nidification à Palmyre, après une traversée de 3200 km. Photo : Gianluca Serra.

Sauvons « Zenobia », l’ibis chauve de Palmyre

Selon les experts, une espèce rare d’oiseau migrateur, l’ibis chauve (Geronticus eremita), pourrait avoir disparu en Syrie, suite à la prise de Palmyre par l’État Islamique. Une petite colonie reproductrice d’ibis chauves, en danger critique d’extinction, avait été redécouverte en 2002, aux alentours de la cité antique.

En 2013, seule une femelle appelée « Zenobia » (en référence à la reine de Palmyre) est retournée sur son site de nidification.
Les courageux gardiens des ibis font tout le possible pour protéger les spécimens en captivité (trois adultes et un jeune), dans des conditions extrêmement difficiles et bien au delà des exigences de leur fonction.

La Société pour la Protection de la Nature au Liban a offert une récompense de 1000 dollars pour toute information utile concernant « Zenobia » qui est la dernière à connaître la route migratoire vers les sites d’hivernage en Éthiopie, et donc en théorie à pouvoir l’apprendre à des oiseaux nés en captivité.

Notre espoir est de voir « Zenobia » réapparaître accompagnée d'autres ibis, comme en 2002, alors que l'espèce était considéré disparue depuis les années 30.
Notre espoir est de voir « Zenobia » réapparaître accompagnée d’autres ibis, comme en 2002, alors que l’espèce était considéré disparue depuis les années 30.

La SPNL et ses réseaux mondiaux pour l’environnement sont disposés à apporter toute aide et soutien nécessaires, indépendamment du sort inconnu de « Zenobia » , de l’avenir des ibis à Palmyre, des 30 autres espèces d’oiseaux mondialement menacées et des autres problèmes liés à la biodiversité dans notre région tourmentée.

  Assad Serhal, Directeur général de la SPNL

Assad Serhal, Directeur général de la SPNL

« Zenobia » est la seule femelle à l’état sauvage dont la présence était constatée dans la hima Kataraha à Palmyre, avec trois ibis en captivité (deux mâles et une femelle) et un œuf, récemment éclos. Les ornithologues estiment que, sans son aide, les oiseaux nés en captivité ne peuvent pas apprendre les voies de migration et que l’espèce pourrait être éteinte à l’état sauvage en Syrie. Le Directeur général de la SPNL, Assad Serhal, a déclaré à la BBC : « La nature et la culture vont de pair, la guerre s’arrête mais l’extinction d’une espèce est irréversible ».

Le correspondant de la BBC à Beyrouth, Jim Muir, déclare que l’espèce était considéré éteinte au Moyen-Orient pendant des décennies jusqu’à la découverte de sept ibis nichant près de Palmyre, il y a plus de dix ans. Bien qu’ils soient soignés et protégés, il n’en restait que quatre en 2012.

En 2006, un projet de marquage des oiseaux a indiqué la présence d’ibis de la colonie syrienne hivernant en Éthiopie, la situation des oisillons et des oiseaux immatures restait toutefois imprécise. Lors d’une précédente étude de ces mêmes oiseaux, Dr Steven Portugal et ses collègues ont expliqué pourquoi ils volent en V.

Lubomir Peske, fixant un émetteur satellite sur un ibis chauve en Syrie, au printemps 2006. Photo : Gianluca Serra.
Lubomir Peske, fixant un émetteur satellite sur un ibis chauve en Syrie, au printemps 2006. Photo : Gianluca Serra.

Les ibis chauves, jadis très répandus en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, ont vu leur population diminuer drastiquement à cause de la chasse, de la destruction de leur habitat et de leur empoisonnement par les pesticides. A l’état sauvage, il n’en reste plus actuellement qu’en Syrie et au Maroc. Ces deux populations sont extrêmement réduites, celle du Maroc se distingue par le fait qu’elle ne migre pas et demeure toute l’année dans les montagnes de l’Atlas.
La plupart des anciennes populations étaient migratrices. La colonie syrienne compte le seul survivant de cette espèce à connaître les voies de migrations entre la Syrie et les sites d’hivernage en Éthiopie. La disparition de cette population impliquerait l’extinction du dernier ibis chauve migrateur et la perte de la diversité génétique de l’espèce.

Dr Gianluca Serra a déclaré que cette population unique et emblématique est déjà éteinte en Syrie depuis plusieurs mois. Dr Serra se consacre depuis vingt ans à la conservation de la biodiversité sur les cinq continents, en qualité de chercheur, de fonctionnaire, de spécialiste et d’activiste. De 2000 à 2011, il a travaillé à Palmyre pour les Nations-Unies, l’Union Européenne, des ONG ou comme bénévole. Il a contribué, avec le gouvernement syrien, à encourager la conservation de la biodiversité et à la création de la première zone protégée. Il est à l’origine de la découverte de la colonie d’ibis chauves en 2002, dans le cadre d’un projet de coopération Nations- Unies,-FAO/Coopération italienne et a coordonné les efforts de recherche et de protection, tout en formant la population locale et du personnel du gouvernement, jusqu’au début de la guerre.

Dans un article publié par « The Ecologist » en mai 2015, Dr Serra écrit : « L’ibis chauve n’existe plus à l’état sauvage comme espèce reproductrice à cause des menaces connues sur son trajet migratoire, dont la chasse et la dégradation de son habitat. Un de nos oiseaux bagués, nommée Julia, a été abattu dans le nord de l’Arabie saoudite en 2009. Trois ibis, dont Zenobia, ont été observés sur le site d’hivernage en Éthiopie en hiver 2013-2014, mais elle est la seule à être retournée à Palmyre au printemps 2014, seule pour la deuxième année consécutive. C’est la dernière année où elle a été aperçue sur le site de reproduction et la première fois depuis des millénaires que les bédouins de Palmyre n’ont vu aucun ibis chauve fin février- début du printemps 2015, selon les informations qui me sont parvenues de là-bas ».

   La parade nuptiale d'un couple d'ibis chauves dans leur nid du désert de Palmyre, l'année de leur redécouverte (2002). Photo: Gianluca Serra.

La parade nuptiale d’un couple d’ibis chauves dans leur nid du désert de Palmyre, l’année de leur redécouverte (2002). Photo: Gianluca Serra.

Dr Serra ajoute :  « Nous vivons actuellement ce qu’on appelle la sixième vague d’extinction massive d’espèces sur la planète. On estime que plusieurs centaines de formes de vie disparaissent chaque année, la plupart sont inconnues de la science et le resteront à jamais. L’extinction de la population orientale d’ibis chauves dans son aire de répartition d’origine (Moyen-Orient et Afrique de l’Est) est une perte irrémédiable pour les écosystèmes de la steppe syrienne et des hauts-plateaux d’Éthiopie. C’est aussi une perte définitive pour le patrimoine culturel du Moyen-Orient, ces oiseaux étaient contemplés avec admiration par les civilisations successives durant des millénaires.

Ces survivants étaient les derniers descendants de ceux qui étaient vénérés par les pharaons. L’ibis chauve est clairement représenté sur des hiéroglyphes égyptiens datant de milliers d’année et symbolisant la divinité de l’au-delà « Akh ». L’ibis est aussi mentionné dans l’Ancien Testament comme un messager de fertilité et était considéré comme un guide vers la Sainte Mecque par les pèlerins du Hajj des communautés musulmanes d’Anatolie du sud ».

  Des hiéroglyphes du temple d'Edfou en Égypte (près de 250 avant J.C.), représentant un ibis chauve. Les 7 oiseaux découverts à Palmyre en 2002 étaient les derniers descendants de ceux qui étaient vénérés par les pharaons. Photo: Ariel Vándor.

Des hiéroglyphes du temple d’Edfou en Égypte (près de 250 avant J.C.), représentant un ibis chauve. Les 7 oiseaux découverts à Palmyre en 2002 étaient les derniers descendants de ceux qui étaient vénérés par les pharaons. Photo: Ariel Vándor.

« Déclarer qu’une espèce est éteinte à l’état sauvage peut nécessiter plusieurs années. Selon la littérature spécialisée, cette petite colonie d’ibis chauves n’aurait pas du subsister. La population orientale a été considéré éteinte dans le désert syrien dans les années 90 puisqu’aucun oiseau n’avait été aperçu depuis le début des années 30. C’est pourquoi la nouvelle de leur réapparition en 2002 a fait la une des journaux du monde entier.

Cette fois-ci, il semble que l’extinction de l’ibis chauve du Moyen-Orient soit une terrible réalité. La disparition de Zenobia signifie celle de l’espèce reproductrice en Syrie. Le seul et mince espoir restant serait que quelques oiseaux immatures vivent encore quelque part entre l’ouest de l’Arabie Saoudite et l’Éthiopie ».

Un ibis chauve sur le site d'hivernage en Éthiopie. Photo: Gianluca Serra.
Un ibis chauve sur le site d’hivernage en Éthiopie. Photo: Gianluca Serra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Réduite à sept individus seulement en 2002 (lorsqu’ils ont été redécouverts) et vivant alors dans un pays aussi fermé et paranoïaque que la Syrie, seul un miracle aurait pu éviter l’extinction de cette espèce migratrice qui traverse deux fois par an 10 pays parmi ceux où il est le plus difficile de travailler.

Les premières années suivant cette découverte, le miracle semblait se dessiner grâce à l’enthousiasme et à la passion de quelques personnes dévouées, dont la Première dame de Syrie. Pourtant, malgré la pertinence culturelle de cette cause au niveau régional, les efforts intenses fournis pendant dix ans et la mobilisation des hautes sphères du pouvoir à Damas, l’extinction de cette population unique et emblématique n’a pas pu être évitée pour de multiples raisons complexes.

Il est certain que le fait que cette espèce mentionnée dans le Guide des oiseaux du Paléarctique occidental (parmi d’autres espèces décrites en Europe), figurant sur la liste rouge des espèces en danger critique d’extinction de l’UICN et comptant parmi les 100 espèces les plus menacées du monde, n’a pas été considéré par les organismes internationaux de conservation comme une raison suffisante pour relever le défi avec toute l’énergie, la détermination et la démarche stratégique nécessaires.

Le début de la guerre en 2011 semble être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il ne restait plus alors que deux oiseaux adultes. Le plan d’action d’urgence que j’avais proposé deux ans auparavant est resté lettre morte. C’est à ce moment que le sort des anciens guides des pèlerins du Hajj était déjà scellé à mes yeux » ajoute Dr Serra.

Pour plus d’information sur le projet RSPB « Conservation de l’ibis chauve en Syrie et au Moyen-Orient », merci de consulter le site suivant (en anglais) : http://www.rspb.org.uk/whatwedo/projects/details/220817-conservation-of-the-northern-bald-ibis-in-syria-and-the-middle-east 

 

 

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